Gaëlle Lebrat, de Manucurist : « Il faut trouver sa voie personnelle pour se sentir belle »

Gaëlle Lebrat Personnaz est la fondatrice de Manucurist, jolie marque de vernis à ongles made in France, aux formulations des plus clean. Avec elle, on a parlé de féminité, de beauté, de couleurs, de paillettes, de maternité et bien sûr d’empowerment au féminin puisque c’est le thème de notre jolie box de janvier.

Qu’est-ce que c’est pour toi l’empowerment ? C’est un peu différent du féminisme qui a parfois pris des connotations polémiques.
Gaëlle Lebrat Personnaz : L’empowerment, c’est un concept un peu fourre tout et à la mode…mais qui a le mérite de résumer une situation qui doit évoluer. Je dirais qu’on parle de la prise de pouvoir des femmes et plus généralement de toutes les minorités sous représentées économiquement, politiquement. Si par ailleurs le féminisme fait polémique, je le déplore. Toutes les femmes sont féministes, militantes ou non, nous avons toutes rencontrées des difficultés ou subies des injustices en tant que femmes. Je crois que celles qui ne veulent pas le voir y seront confrontées tôt ou tard.

L’univers de la beauté est souvent taxé de superficialité. Quel sens ça a pour toi de prendre soin des apparences ?
G. L. P. : Tout d’abord la beauté, ce n’est pas qu’une affaire d’apparence. L’idée des canons de beauté ne doit pas tyranniser les femmes en leur dictant ce qu’elles doivent être. La beauté est polyphorme. J’aime beaucoup l’expression « se sentir belle » : cela signifie que la beauté c’est d’abord la perception que l’on a de soi. Je crois que le maquillage est un bon outil pour se sentir belle.

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Comment faire pour que la beauté nous nous “empower” sans nous rendre dépendante ?
G. L. P. :
 L’écrivaine Colette, qui a ouvert un institut de beauté en son temps, parle de la beauté comme une série de petits gestes du quotidien qui nous rende plus forte pour affronter le monde. J’aime beaucoup cette idée de se préparer pour se sentir prête pour sa journée. J’adore regarder les femmes se maquiller dans le métro ou se vernir les ongles sur le coin d’un bureau avant un rendez-vous… Encore une fois cela doit être une façon se sentir mieux mais pas de correspondre à un image. Il faut trouver sa voie personnelle pour se sentir belle. Se préparer, se maquiller apportent une assurance, c’est comme un message à délivrer. Porter un rouge sur les ongles ou une couleur naturelle ou des paillettes signifient beaucoup de son humeur, de son état d’esprit ou encore de son style.

Quand on crée des vernis de toutes les couleurs, on doit avoir développé un certain amour de la couleur, des paillettes…
G. L. P. : La couleur c’est la vie. J’ai travaillé longtemps dans la mode et mon métier était le visuel merchandising dont l’une des missions est d’agencer les produits de la façon la plus harmonieuse possible en terme de couleur et forme. J’aime l’idée de « peindre » son visage, ses ongles, son corps avec des matières colorées et ou paillettées, irisées, nacrées que ce soit des crèmes, des paillettes, de la poudre, des laques, des huiles…mélanger, touiller, appliquer avec les doigts, un pinceau.

Comment faire de la beauté plus “clean” ? Quelles difficultés rencontre-t-on quand on veut faire d’un produit cosmétique potentiellement cancérogène un produit sain ?
G. L. P. : 
C’est un perpétuel combat à tous les niveaux : à l’intérieur de l’entreprise, dans la conception des produits, des outils de display, des packagings, de la fabrication …L’objectif est de limiter notre impact sur la planète sur tous les aspects. C’est le premier point pour moi d’une beauté plus propre, c’est notre devoir de citoyen du monde. Ce n’est pas toujours valorisé économiquement car tous  ses efforts ne se voient pas. Bien sûr en tant que mère, femme, je me dois de proposer des produits qui soient les plus « propres » possibles, sans perturbateurs endocriniens. C’est fou de penser que ce que nous nous mettons sur la peau, sur les ongles, sur les cheveux pour se sentir plus belle peut nous nuire et atteindre notre santé. C’est inacceptable et on doit aller toujours plus loin dans la transparence des formules pour aider les femmes à faire des choix en toute conscience. C’est ce que j’ai voulu faire avec la gamme Green de vernis d’origine végétale : limiter mon impact sur la terre avec une formule saine pour les ongles.

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Quelles femmes incarnent l’empowerment pour toi ?
G. L. P. : 
Colette, Françoise Héritier, Françoise Sagan, Simone Veil, Michelle Perrot, Angela Merkel, Anne Sophie Lapix, l’astrophysicienne Vera Rubin, globalement les femmes qui ont des métiers plus classiquement attribués aux hommes sont l’incarnation d’une forme d’empowerment.
Il y a aussi toutes celles qui défendent notre cause. Le mouvement amorcé l’année dernière contre le harcèlement sexuel fait aux femmes (#metoo #balance ton porc) relayé par de grandes actrices hollywoodiennes s’est répandu comme une trainée de poudre, les femmes sont de plus en plus nombreuses et viennent de pays différents pour dénoncer cette injustice.
Vous savez je suis furieuse car ma fille de 12 ans, June, qui prend le métro pour aller au collège, a déjà subi deux harcèlements dans les transports. J’ai dû me résigner à lui dire de mettre des manteaux qui cachent ses fesses ! Je suis si triste de devoir la protéger de cette façon et de devoir lui expliquer que les hommes se permettent l’inacceptable encore aujourd’hui. C’est cela encore aujourd’hui être une femme, même à 12 ans en 2018.

Dans des moments de doute perso ou pro, qu’est-ce qui t’aide à reprendre confiance en toi ? Des leitmotiv, des personnes, une forme de foi en quelque chose ? 
G. L. P. : Quand je doute et cela m’arrive souvent, je me dis souvent : « Pourquoi pas moi ? J’en suis capable si je le veux ».
Je dirais aussi que ce qui m’aide à reprendre confiance en moi, c’est une forme de mise à distance avec ce que je fais. Un de mes leitmotiv est « Ce n’est pas grave ». Je ne révolutionne pas la biologie moléculaire et tant que ma famille est en bonne santé, j’essaie de me dire que je peux continuer à avancer…

Qu’est-ce que la maternité a changé dans ton sentiment d’être femme ?
G. L. P. : J’ai trois enfants (June -12 ans, Paula- 9 ans et Anton – 9 mois) et 2 beaux enfants (Alice- 9 ans et Oscar- 7 ans) cela fait une jolie tribu de 5 monstres à élever ! Je trouve que la maternité m’a à la fois affaiblie et renforcée. J’ai réalisé que je n’étais plus seule et que j’étais responsable de petits êtres complètement dépendants de moi, ce qui est effrayant car nous ne sommes plus libres. Mais, et c’est aussi une vraie force, on comprend que l’on ne fait plus les choses que pour soi. Cela retire le sentiment de vacuité de l’existence qui était fort chez moi avant.

Quelques éléments clés de la réussite pour toi ?
G. L. P. : 
La confiance en soi, le goût du risque, la persévérance. Sans oublier un peu de chance. 🙂